LA FIN DES EMISSIONS DE RADIO SUISSE INTERNATIONALE

 

Les programmes de swissinfo prennent fin.

BERNE - Une page de l'histoire radiophonique suisse se tourne à minuit. Les programmes radio de swissinfo, destinés à l'étranger, s'arrêteront définitivement après 70 ans d'existence. Les expatriés n'auront plus qu'internet pour être informés en direct.

Swissinfo a annoncé sur son site internet l'arrêt des programmes de l'ancienne Radio Suisse internationale (RSI) sur ondes courtes et via satellites. Cette mesure fait suite à la suppression des subventions fédérales décidée en décembre 2003.

L'évolution technologique, avec le boom d'internet et la mort des ondes courtes, explique aussi en partie l'arrêt des programmes. Depuis 1999, le média des Suisses de l'étranger a diminué son offre radiophonique et entamé sous le nom de swissinfo/RSI une concentration sur sa plate-forme multimédia www.swissinfo.org.

La SRR a commencé à diffuser des programmes sur ondes moyennes pour les Suisses de l'étranger en 1934. En 1935, l'émetteur sur ondes courtes de Schwarzenburg (BE) reprend la diffusion des émissions régulières.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le média se profile comme la voix d'une "Suisse neutre et humanitaire" et trouve une reconnaissance dans le monde entier. Après la guerre, l'offre de programmes est progressivement élargie à neuf langues et l'émetteur est rebaptisé Radio Suisse Internationale (RSI) en 1978.

Les changements politiques survenus après 1989 et la révolution technologique font évoluer RSI en une entreprise multimédia. Sous le nom de swissinfo/RSI, elle transmet au public des informations sur la Suisse via satellites et internet.

 

(wwww.tsr.ch)

 

Ondes courtes: la fin d'une ère radiophonique

La fermeture de l'émetteur de Sottens est synonyme de "fin" pour les transmissions sur ondes courtes de Radio Suisse Internationale (SRI).

Une page se tourne. Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, la "voix de la Suisse à l'étranger" était devenue un des émetteurs internationaux les plus appréciés

La dernière installation de diffusion sur ondes courtes encore en fonction a été fermée définitivement lundi au terme d'une petite fête d'adieu à l'émetteur de Sottens (VD). Un long chapitre de l'histoire de la radiophonie en Suisse s'achève.

"Pendant près de 70 ans, les ondes courtes ont joué un rôle fondamental pour faire connaître la réalité et les aspirations de la Suisse dans le monde", souligne Nicolas Lombard, directeur de swissinfo/SRI, le nouveau nom de Radio Suisse Internationale. Entre-temps l'entreprise est devenue un moyen d'information multimédia sur Internet.

"SRI a été un véritable cordon ombilical pour les Suisses de l'étranger. Pendant des dizaines d'années, nos compatriotes émigrés ne disposaient d'aucun moyen d'information provenant de leur pays d'origine", explique Giovanni Conti, directeur de Swisscom Broadcast, responsable du support technique pour la diffusion sur ondes courtes

Technologies et migrations

Radio Suisse Internationale est née entre 1930 et 1940, à l'époque des pionniers de l'onde courte. Pour la première fois dans son histoire, l'humanité disposait d'un instrument de communication de masse en mesure d'atteindre, en quelques secondes, n'importe quel coin du globe. Il s'agissait, en quelque sorte, du début de la globalisation des médias.

La Suisse faisait partie des premiers pays à recourir à cette technologie pour satisfaire les besoins d'information de quelque 200'000 compatriotes dispersés à l'étranger.

Cette communauté avait pratiquement doublé en quelques décennies, au travers des grandes migrations qui avaient déplacé des milliers de personnes depuis les misérables vallées alpines vers les centres industrialisés d'Europe et d'Outre-mer.

La menace fasciste

La naissance de Radio Suisse Internationale est aussi due à la poussée des dictatures fascistes dans les pays voisins. L'émetteur a véhiculé l'identité nationale et les principes de la Confédération à l'étranger.

En 1935, les premiers programmes sur ondes courtes ont été diffusés par le biais de l'antenne de la Société des Nations (SDN) à Prangins, dans le canton de Vaud. En 1938, le Parlement a approuvé un crédit pour la construction du premier émetteur de Radio Suisse Internationale, à Schwarzenburg, dans le canton de Berne.

Dès 1939, SRI assume un rôle important, qui se prolongera tout au long de la Seconde Guerre mondiale. Durant ces sombres années, les compte-rendus de deux grands journalistes, René Payot et Jean-Rodolphe von Salis, ont représenté les seules voix libres d'Europe.

"Alors, plus que jamais, la Suisse s'est retrouvée dans un état d'isolement total vis-à-vis des autres pays qui affichaient les mêmes idéaux et les mêmes droits que nous. Seules les ondes courtes nous permettaient de faire savoir au monde qu'au cur de l'Europe, il existait encore un bastion démocratique", écrit à cette époque, Paul Borsinger, premier directeur de Radio Suisse Internationale.

Une ère dorée

La Guerre froide représente l'âge d'or de Radio Suisse Internationale. L'émetteur diffuse ses programmes en huit langues et reçoit, bon an mal an, jusqu'à 130'000 lettres d'auditeurs du monde entier.

"Durant ces années de propagande politique, la neutralité suisse a sûrement été une des clés du succès de Radio Suisse Internationale", évoque Nicolas Lombard qui y travaille depuis 1965.

A en croire certains sondages réalisés dans les années 60 à 70 par Gallup aux Etats-Unis et par le Club international des ondes courtes en Grande-Bretagne, Radio Suisse internationale était l'une des radio les plus écoutées et appréciées dans le monde, juste après les grands émetteurs des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de France et d'Allemagne.

Ainsi, la radio d'un pays sans aucun passé colonial, comme l'est la Suisse, réussit à conquérir un vaste public en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud, là où les programmes des stations internationales sont souvent la seule source d'information.

La Guerre froide est aussi l'ère de la guerre des fréquences et des puissances de diffusion entre les émetteurs des deux blocs qui tentaient d'occuper le monde, pas seulement au niveau militaire, mais aussi au niveau radiophonique.

Dès lors, SRI a été contrainte de recourir à de nouvelles installations. En 1972, l'émetteur de Sottens entre en fonction. Avec 500 kw/h, il permet de décupler la puissance de diffusion.

Une fin ou une transition ?

Le déclin des ondes courtes s'est amorcé à partir de la fin des années 80. La démolition du Mur de Berlin met fin aux tensions entre Est et Ouest, et à l'intérêt pour la géopolitique mondiale. Dans presque tous les pays, les médias se concentrent sur l'activité nationale, et les radios internationales traversent une véritable crise d'identité.

Une crise qui devient plus aiguë avec l'apparition des ondes FM, qui offrent une excellente qualité de réception, et des satellites, également en mesure de diffuser des images télévisées dans le monde entier. Les mesures d'épargne de la Confédération sont un ultime coup de massue pour les coûteuses ondes courtes.

Il s'agit de la fin d'une ère, ou peut-être seulement d'une transition, comme le pense Giovanni Conti.

"Une vieille technologie, celle des ondes courtes, touche à sa fin. Elle est remplacée par la technologie digitale. De notre côté, nous devons maintenir notre qualité en fonction des anciennes technologies, ceci aussi longtemps que possible. Mais nous ne devons pas nous faire rattraper par les nouvelles."

Cette idée est partagée par Nicolas Lombard: "Internet ne peut pas remplacer l'offre sur ondes courtes, mais apporte de nouvelles possibilités de communication multimédia, inimaginables jusqu'à maintenant."

swissinfo, Armando Mombelli
(Traduction et adaptation de l'italien: Gemma d'Urso)

 

Faits marquants

1935: création du Service suisse des ondes courtes pour la diffusion des programmes à l'étranger

1939: mise en fonction du premier émetteur d'ondes courtes de Schwarzenburg

1972: inauguration de l'émetteur de Sottens (VD)

1978: le service Ondes courtes est rebaptisé "Radio Suisse internationale"

2004: fermeture de Sottens et fin de l'ère des ondes courtes

 

En bref

- Durant la guerre froide, avec ses programmes radiophoniques diffusés en huit langues sur ondes courtes, Radio Suisse Internationale touchait un public estimé entre 5 et 10 millions de personnes dans le monde entier.

- A la fin des années 90, à la suite du déclin des ondes courtes, SRI renonçait à la diffusion des programmes radio.

- Aujourd'hui, swissinfo/SRI table uniquement sur l'information multimédia sur Internet.

"La vieille technologie des ondes courtes s'éteint pour laisser la place à d'autres."

Giovanni Conti, directeur de Swisscom Broadcast

"Les ondes courtes nous permettent de faire savoir au monde entier qu'au cur de l'Europe il existe encore un bastion démocratique."

Paul Borsinger, premier directeur de Radio Suisse internationale

 

La position du Conseil Fédéral

Le Conseil fédéral soutient la politique de Radio Suisse Internationale (SRI). Il rappelle qu'il a accepté la disparition prochaine des OC analogiques

Le gouvernement a réaffirmé sa position dans sa réponse à une interpellation de Hans-Rudolf Merz. Le conseiller aux Etats radical appenzellois se demandait si la disparition programmée des ondes courtes (OC) n'est pas préjudiciable à la Suisse.

Le sénateur constate en effet que les OC sont les seules ondes qui permettent d'atteindre directement n'importe quel point du globe à partir de la Suisse, sans passer par des tiers

Trop cher et démodé

L'abandon par SRI de ses programmes en ondes courtes a tout le soutien du Conseil fédéral. "Il est apparu clairement, écrit-il, que la diffusion sur ondes courtes était une technologie surannée, coûteuse et dont la qualité de réception était de surcroît souvent mauvaise."

Le passage à une diffusion via l'internet (swissinfo.org) a en outre les faveurs des Sept Sages. Ils constatent que ce nouveau moyen de communication permet d'offrir des prestations très diversifiées avec des éléments texte, audio et vidéo produits aussi bien par swissinfo/SRI que d'autres unités d'entreprise de SRG SSR idée suisse.

A noter que cette évolution ne condamne toutefois pas encore définitivement les ondes courtes analogiques. Une desserte minimale est en effet maintenue jusqu'en 2004 pour l'Afrique et l'Amérique du Sud. Cette décision permet de prendre en compte les besoins propres des régions moins favorisées qui ont encore un accès restreint à l'internet.
Le numérique se profile

Par ailleurs, souligne le Conseil fédéral, diverses études sont en cours pour évaluer les possibilités offertes par de nouvelles technologies de diffusion. Notamment, via la réception satellite mobile ou encore via les ondes courtes numériques. Le développement de ces technologies est d'ailleurs suivi de très près par la direction de swissinfo/SRI.

Les ondes courtes numériques présentent l'avantage d'être moins chères à diffuser. De plus, la qualité du son est nettement supérieure, voire comparable à la FM.

La perspective de la numérisation des OC nécessite le maintien temporaire des OC analogiques. En effet, les fréquences inutilisées peuvent être attribuées à un autre Etat par l'Union internationale des télécommunications (UIT).

Pour le Conseil fédéral, "il sera donc nécessaire d'envisager, au besoin, une stratégie d'occupation de certaines fréquences avec une offre minimale".

Olivier Pauchard, Palais fédéral