LA NUMERISATION DE L'ONDE COURTE

Entretien avec chef du Département Ondes courtes de Télédiffusion de France (TDF), diffsé sur Radio Canada International, le 9 septembre 2001

 

La mise au point de la numérisation de la diffusion va donner une qualité comparable à la FM avec un effet stéréophonique

Q : Il y a beaucoup d'inquiétudes, car il y a des auditeurs en Afrique qui ont pu s'acheter un récepteur (cela leur a couté cher) et qui se demandent s'il va falloir en changer. Et ils se demandent également si le système de diffusion actuel sera complètement révolu dans 2 ans

R : C'est pourquoi la politique en matière de transition, ce sera bien entendu de conserver les diffusions en analogique telles que nous les connaissons aujourd'hui . En revanche, d'ici juin 2003, ceux qui auront pris l'option de démarrer le numérique mettront en oeuvre ce nouveau choix par l'institution de ce qu'on appelle le simulcast (sur la même fréquence, possibilité d'entendre aussi bien en analogique qu'en numérique) Toutefois, pour décoder le signal numérique, il faudra disposer d'un récepteur nouveau, numérique, dont bien entendu le prix sera tel que tous ceux qui aujourd'hui disposent d'un récepteur analogique pourront s'offrir le récepteur numérique. L'idée c'est d'avoir un prix d'appel comparable au prix d'un récepteur analogique milieu de gamme

Q : Ca va être aussi facile se syntoniser RCI ou RFI, beaucoup plus facile qu'actuellement ?

R : Vous savez qu'avec le numérique, on peut coder le signal de telle sorte qu'il suffira d'entrer "RCI", et quelle que soit la fréquence, vous écouterez RCI. C'est à dire que tout l'aspect technique qui est un peu rébarbatif sera complètement gommé

Q : On sait qu'au niveau de la télévision haute définition, les japonais ont leur propre système, les américains ont leur propre système, personne ne veut choisir le système de l'autre.... au niveau de la radio numérique, c'est différent ?

R : Dans le domaine de la technologie c'est comme dans le domaine du sport, c'est un lieu de compétition entre deux entités, l'Amérique et l'Europe et même dans le sens large le reste du monde. En ce qui concerne la numérisation, la balle a été lancée il y a quelques années (en 1998) avec la création d'un consortium appelé Digital Radio Mondiale (DRM) qui est porteur de tous nos espoirs, pour l'instant porteur de nombreux succès en matière de numérisation de la diffusion, de sorte que l'UIT (Union Internationale des Télecommunications) aujourd'hui recommande à ses membres l'adoption du standard DRM pour la diffusion de l'AM en qualité numérique. Alors bien entrendu, les américains avaient développé de leur côté leur propre standard et nous avons donc ensemble finalement répondu à l'appel d'offre de l'UIT pour la numérisation avec une "option américaine" qui est portée par un consortium américain, et une "option reste du monde" portée par DRM

Q : Ca veut dire quoi ?

R : Ca veut dire que le marché va décider. Les expérimentations faites par les uns et par les autres doivent être telles qu'elles vont susciter l'adhésion des radiodiffuseurs à notre mode de numérisation et les fabricants de récepteurs à accepter et à considérer que la technologie que nous proposons dans DRM correspond bien à leur marché de récepteurs.

Q : On va espérer que vous n'êtes pas le Beta du VHS...

R : Je crois que vous avez raison de rappeler cet épisode de la technologie. On avait vu avec Beta effectivement une technologie d'une grande qualité qui s'est fait doubler in fine par VHS qui avait su penser plus vite que son concurrent au marché, et par une meilleure commercialisation avait occupé le marché et a finalement gagné. Dans DRM nous avons une préoccupation très forte pour ce qui concerne la relation avec la grande distribution en particulier, puisque nous considérons que la grande distribution détient la clé; elle est pour nous l'interface entre le monde de la diffusion et le grand public. 80% des achats se font maintenant à travers la grande distribution; il est important que nous entretenions une relation stratégique forte avec elle. Je m'y attèle très largement en Europe

Q : Je pense que vous avez finalement découvert que cela aurait pu être votre talon d'Achille si vous ne vous y étiez pas attaché.

 

R : Vous avez tout à fait raison; il faut aujourd'hui parler en terme de marché et j'entendais l'autre jour M. Doucet (nouveau directeur exécutif à Radio Canada International) dire combien il convenait que les radiodiffuseurs aujourd'hui se concentrent très fort sur l'attente de leurs auditeurs d'une part,mais également de ceux qui ne sont pas encore auditeurs

Q : Vous savez ce qui s'est passé cet été avec la BBC (retrait de la diffusion vers l'Amérique du Nord), avec Radio Autriche Internationale et Radio Suisse Internationale (qui donne préférence à l'Internet)... On sent que celà se lézarde...

R : Je crois qu'aujourd'hui, plus que jamais, l'onde courte a un avenir. Elle a un avenir si elle fait d'avantage parler d'elle. Je crois que la principale difficulté à laquelle elle est confrontée, c'est la difficulté de l'information, de la communication. Tous les autres supports, les supports compétiteurs, font parler d'eux que ce soit la FM, le satellite, le cable ou même l'Internet. L'onde courte ne fait pas parler d'elle. De sorte que sur le marché tout le monde croit que ces nouveaux supports sont ou seraient destinés à remplacer l'onde courte ce qui n'est pas vrai. La numérisation va apporter la réponse bien sûr , mais cet état de fait a créé un préjudice fort et lourd sur l'onde courte, en particulier sur ceux qui ne sont pas encore auditeurs d'onde courte.

Q : Comment fait-on parler de l'OC ?

R : Je crois qu'une bonne façon de faire parler de l'OC, c'est d'éduquer le marché, c'est d'éduquer les réseaux de vente , c'est de faire savoir que nous sommes encore là, c'est de diffuser de l'information collective pour montrer que l'OC n'est pas seulement une technique utilisée par une entité ici ou une entité là, que c'est un ensemble de gens qui constituent ce monde là et que les contenus sont riches, et que c'est le seul moyen de faire savoir instantanément au reste de la planète ce que pense un pays sur un problème donné.