RFI SUR WORLD SPACE

(émission Microméga du 24 octobre 1999)

Le premier système mondial de radiodiffusion par satellite - World Space - est opérationnel depuis le 19 avril dernier grâce au satellite Afristar lancé par la 113ème fusée Ariane. Pour rappel, le principe de ce système repose sur 3 satellites (Afristar, Asistar et Améristar) qui doivent être déposés sur orbite géostationnaire par 3 fusées Ariane. Afristar est opérationnel, Asistar et Améristar doivent être lancés dans les prochains mois. Ils doivent relayer depuis l'espace plusieurs dizaines de radios de tous les pays du monde. Pour capter ces radios en numérique - donc avec un confort d'écoute inégalé -, il suffit de posséder un récepteur d'un genre nouveau, un appareil numérique, capable de recevoir les émissions de l'espace grâce à une antenne spécifique pas plus grosse qu'une petite soucoupe de tasse à café. 4 sociétés japonaises ont donc réalisé ces récepteurs radio spécialement pour ce système World Space. Les premiers exemplaires de ces radios ont été fabriqués. Ils coûtent entre 200 et 400 $. Depuis le 19 avril en Afrique, on peut donc, si on possède une radio numérique appropriée, écouter une vingtaine de radios numériques en orientant l'antenne vers Afristar. Il y a Bloomberg, CNN International, Cosmos Digital (en Afrique du Sud), une radio kényanne, une égyptienne, Médi 1, Radio 1 (Liban) et RFI.

Microméga - Jean-Paul Cluzel, vous êtes le président de Radio France Internationale. RFI reste sur la pointe de la flèche de nouvelles technologies en matière de diffusion mondiale et de confort d'écoute...

Jean-Paul Cluzel - C'est normal. RFI est un des diffuseurs leaders sur l'Afrique; le premier satellite de World Star étant sur l'Afrique, c'était un devoir pour nous d'y être présent.

Microméga - RFI est donc relayée par le satellite Afristar vers l'Afrique. Suite à ce que nous pourrions qualifier de fiançailles avec World Space... nous ne sommes pas encore mariés?

JPC - Effectivement, nous sommes dans la phase d'essais techniques. L'accord avec le président de World Space devrait être signé au mois de novembre dans les locaux mêmes de RFI

Microméga - Pratiquement, en Afrique aujourd'hui, qui va recevoir quelles émissions de RFI via World Star?

JPC - Pour recevoir, il faut d'abord un récepteur spécial. 30000 ont été vendus. les zones de commercialisation prioritaires retenues par World Space sont l'Afrique du Sud et le Moyen-Orient. Ce sera sans soute un tout petit peu plus compliqué pour les auditeurs au Mali ou au Sénégal pour en avoir, mais la commercialisation sera prévue. Il y aura 3 programmes du groupe RFI sur World Space. L'un est celui de RFI1, que nous connaissons sur l'Afrique, pour l'Afrique Occidentale, mais aussi la France (car ce satellite ne couvre pas uniquement l'Afrique, il couvre le Moyen-Orient et au-delà, jusqu'à l'Inde et une bonne partie de l'Europe du Nord. Moi même, je l'ai entendu très bien depuis Berlin). Sur l'Afrique Australe, nous aurons un programme qui privilégiera nos émissions en langue anglaise ainsi qu'un nouveau programme musical spécialement destiné à l'Afrique, et sur le Moyen-Orient, ce sera évidemment le programme de notre filiale arabophone Radio Monte-Carlo Moyen Orient.

Microméga - Et l'avenir? Il y a Asistar qui va bientôt venir, Améristar.. Est ce que RFI est intéressée par la globalité des services proposés par World Space?

JPC - Nous sommes en discussions pour être présent sur les trois satellites. Il faut d'abord voir si cela marche bien sur l'Afrique et si en particulier, les récepteurs se vendent bien. Vous avez cité les prix, entre 100000 et 200000 CFA. C'est relativement élevé pour une partie du public africain et donc il faut voir si c'est un succès commercial. Si c'en est un sur l'Afrique, naturellement, nous suivrons sur l'Asie et l'Amérique.

Microméga - Certains s'étonnent d'un manque de transparence à propos de l'origine des fonds de cette société World Space basée aux Etats-Unis car les trois satellites qui ont été réalisés en France sous la maîtrise d'Alcatel Espace ont été payés, les trois fusées Ariane aussi. Tout cela coûte très cher. Quelle est votre analyse?

JPC - Très cher, c'est-à-dire que cela fait à peu près 2 milliards de francs français. L'analyse est assez simple : le promoteur de World Space n'a évidemment pas ces 2 milliards dans sa fortune personnelle. Donc il a des investisseurs privés qui sont un certain nombre d'investisseurs de pays arabes, et il a récolté des fonds sur les marchés financiers américains. La plupart des entreprises internationales ont un foyer d'investisseurs privés et des investisseurs sur les marchés financiers. Ce qui est important, c'est que World Space nous assure que nous sommes libres d'émettre les émissions que nous voulons sur son système; donc ce sont les garanties juridiques et techniques qui m'importent. Ensuite, il est bien normal qu'un investisseur privé fasse appel à des actionnaires privés.

Microméga - RFI est en test sur Afristar depuis le 19 avril. Vous avez l'impression d'être celui qui va entraîner les autres, que finalement peut-être, à terme, les grandes radios concurrentes vont suivre notre exemple?

JPC - C'est certain. Nous nous réunissons en tant que patrons des grandes radios internationales (BBC, Deutsche Welle, RFI, Voix de l'Amérique, Radio Nederland...) tous les trimestres et c'est vrai que c'est un des points que j'ai toujours abordés car je crois profondément au système. L'avenir, me semble-t-il, pour une radio internationale, c'est d'une part les réseaux FM, car c'est ce qu'il y a de plus simple, de plus économique. mais on ne peut pas couvrir de réseaux FM toute l'Afrique ou toute l'Asie. Des systèmes comme World Space présentent des avantages infinis par rapport au système actuel des ondes courtes. Donc, j'ai toujours cru en cette technologie.

Microméga - Dans ce principe de radio numérique, reçue directement depuis l'espace grâce à des satellites, il convient donc de diriger l'antenne vers le satellite pour recevoir. Il ne doit pas y avoir d'obstacle entre l'antenne et le satellite. Cela exclut donc la réception dans une automobile ou dans un immeuble s'il n'y a pas d'antenne extérieure. La réception en forêt est également plus que difficile. Alors vous pensez que cela peut gêner le développement du système?

JPC - Cela fait évidemment partie des obstacles. Il ne faut pas non plus exagérer. Un de nos ingénieurs a fait une démonstration dans sa voiture autour de Toulouse, là où il se construit le satellite. Il suffisait de mettre la petite parabole grande comme une soucoupe de tasse à café et cela marchait très bien. Nous l'avons fait également en démonstration en Afrique du Sud. Le vrai problème est en milieu urbain, quand vous avez en face de vous un immeuble qui vous empêche de voir le satellite. Il faut effectivement mettre la petite parabole en vision du satellite. C'est évidemment une contrainte, c'est pourquoi j'ai dit que ce n'était pas un substitut à la modulation de fréquence. Il est clair que pour nous, dans les grandes villes, c'est la FM qui reste le moyen privilégié de diffusion d'une radio. Mais quand vous êtes dans la brousse ou dans un petit village, entre World Space et l'onde courte, il y a une différence de qualité qui est incommensurable et par ailleurs, je rappelle que si vous écoutez les ondes courtes dans une chambre d'hôtel d'un immeuble en béton, vous n'allez pas entendre grand chose non plus. Il ne faut pas exagérer les inconvénients de World Space.

Microméga - Des appareils numériques entre 200 et 400$, vous l'avez dit, c'est cher pour beaucoup de monde. C'est peut être aussi un obstacle important?

JPC - Oui mais là encore, un bon récepteur OC, ça coûte combien? Parce que les petits récepteurs OC à 20000-30000 francs CFA, cela ne va pas non plus donner une très bonne réception. Il faut donc comparer ce qui est comparable. Le récepteur World Space est d'un prix comparable à celui d'un récepteur OC d'une très bonne qualité. Je ne vais faire aucune publicité, mais j'utilise pour mes déplacements un récepteur OC qui coûte environ 200000 CFA (2000 FF)

Microméga - 200 à 400 $, c'est le premier prix. les sociétés japonaises pensent-elles que cela va baisser si elles voient que la marché démarre?

JPC - Oui, à priori. Quand vous augmentez les séries, il y a des lois industrielles qui vous permettent de baisser les prix. L'idée de World Space est qu'au bout de la deuxième année de commercialisation (mi 2002), nous aurions 2 millions de récepteurs dans le monde.

Microméga - RFI est fiancée à World Space. Qu'attendez-vous de World Space, qu'attendez-vous de ce test pour que le mariage ait lieu?

JPC - Le test technique fonctionne très bien. Le problème est hélas un problème de gros sous. World Space nous demande un certain prix pour être diffusé sur son système. Nous demandons également des garanties juridiques pour que nos émissions soient parfaitement libres, car là, nous ne posséderons pas notre outil de diffusion, et donc nous discutons "le bout de gras" en termes financiers et juridiques. Il reste encore quelques points à voir, mais j'ai toute confiance pour les voir se régler.